Les passions d’une femme libre

La biographie de la romancière est bien documentée. Dans Le Roman d’amour de George Sand (*), Geneviève Chaumel scrute le parcours amoureux d’une femme à l’extrême sensibilité et qui marqua son époque par son indépendance d’esprit.

Ses idylles ont fasciné, créé le scandale, que ce soit avec Musset, Chopin, bien sûr, mais aussi avec la comédienne Marie Dorval, l’avocat révolutionnaire Michel de Bourges… D’une plume précise, et en restituant bien des détails biographiques, Geneviève Chaumel, ancien grand reporter, s’est appliquée à décrire le parcours amoureux peu banal de cette auteure et elle montre notamment comment la jeunesse de la future George Sand a été capitale pour sa construction psychologique.

De fait,  Aurore Dupin de Francueil a mené une vie rangée quand, en 1822, elle épouse, à  vingt ans seulement et selon son rang, le baron Dudevant, à qui elle donnera deux enfants.  Pour autant, l’ennui est là, poisseux et la dame de Nohant s’ennuie à mourir dans le mariage, malgré les joies de la maternité. De certaines confidences à son demi-frère Hippolyte, lorsqu’il maria sa fille, on se demande si la nuit de noces  fut une partie de plaisir. Elle écrit ainsi : « Empêche que ton gendre ne brutalise ta fille la première nuit de ses noces, car bien des faiblesses d’organes et des couches pénibles n’ont pas d’autre cause chez des femmes délicates. Les hommes ne savent pas assez que cet amusement est un martyre pour nous. »

Menant ensuite une audacieuse pour une femme de son temps, la future George Sand n’aura de cesse que de s’émanciper de toute autorité et de faire carrière dans les lettres, s’assurant ainsi une certaine indépendance, malgré les mises en garde son  protecteur, Henri de Latouche, critique redouté du Figaro qui lui avait dit, découvrant son premier texte : « Je ne vois pas là d’éléments du succès. Croyez-moi : faites en sorte de rentrer au toit conjugal. Votre livre n’a pas de sens commun. » C’était sans compter sans la farouche volonté de l’auteure qui fit toutes ses gammes auprès du journaliste s’intitulant, elle-même, « manœuvre, ouvrier-journaliste, ou garçon-rédacteur. »

Femme de passion, découvrant par la lecture d’une lettre de son mari à quel point il la méprise et prenant aussitôt ses dispositions pour reconquérir sa liberté, George Sand va pourtant prendre son envol dans le milieu parisien, avec une obstination sans faille.

Son premier roman, Rose et Blanche, elle va l’écrire à quatre mains avec Jules Sandeau, son amant de quelques années plus jeunes qu’elle, un livre publié  sous le pseudonyme commun de J. Sand. Le couple se sépare. On connaît la suite : Aurore parviendra au sommet du succès littéraire sous le nom de George Sand, avec une dégaine qui faisait jaser à l’époque car  habillée d’un pantalon de toile et d’une chemise de chasse serrée dans un gros ceinturon de cuir, elle arbore une casquette de drap sur ses cheveux ramassés et incarne le combat féministe avant la lettre. Quitte à scandaliser. Proche de la romancière, Alfred de Vigny l’avait décrite avec sévérité  dans son Journal d’un poète : « Homme dans la tournure, le langage, le son de la voix et la hardiesse des propos. »

Retraçant la vie amoureuse de la romancière, Geneviève Chaumel décrit aussi, avec un bonheur certain, tout le climat intellectuel d’une époque et il est aussi riche que remuant, ce qui donne tout le sel à ce récit de passions amoureuses.

(*) Ed Vents d’histoire / De Borée

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