Le poète a toujours déraison

Nouvelles biographie du créateur de Zone, Apollinaire – Portrait d’un poète entre deux rives (*) est un récit vif et rythmé sur la vie du poète, trop tôt disparu.

Pas facile de faire du neuf avec un poète comme Guillaume Apollinaire, disparu il y a cent ans, suite à l’épidémie de grippe espagnole et après avoir été blessé à la tête sur le champ de bataille, ce qui l’avait terriblement affaibli. Pourtant, dans son Apollinaire – Portrait d’un poète entre deux rives, Philippe Bonnet réussit à signer un portrait court, tonique et révélant parfois des anecdotes inédites sur l’auteur du Pont Mirabeau. Et ce, avec une connaissance profonde de la vie et de l’œuvre du poète qui ne cessa, durant sa courte vie, de défendre un art nouveau.

Fort à propos, Philippe Bonnet raconte par le menu comment Guillaume Apollinaire fut, avec quelques proches, le directeur de revues audacieuses qui ont accompagné les révolutions artistiques que connut le début du siècle dernier. On découvre ainsi l’aventure de  Les Soirées de Paris, dont l’ultime parution aura, en 1913, été rendue possible par le financement d’Hélène d’Oettingen et Serge Férat. L’auteur écrit : « Dans le numéro de décembre, on verra également apparaître la signature de Gabrielle Buffet-Picabia qui chronique avec un an de retard un vernissage sur la peinture moderne qui s’est tenu à New York, l’une des toutes premières cinématographiques dans la presse et des peintures de Marie Laurencin,  Henri Matisse, Jean Metzinger, Albert Gleizes… »

Bien sûr, Philippe Bonnet évoque, mais sans jamais délayer, la riche biographie d’un homme qui dut vivre avec une mère omniprésente et un brin castratrice, d’un homme qui fut aussi « inquiété » dans le vol mythique de « La Joconde », en août 1911, et qui verra son ami Picasso prétendre  durant l’interrogatoire de la police « ne pas le connaître« . Un reniement qui ne fera pas ombrage pourtant à l’amitié entre les deux hommes. Pourtant l’épisode marquera longtemps le poète comme l’écrit son biographe : « Mais la vie en prison, c’est comme une maladie, elle est suivie d’une période de convalescence. Avant d’être blanchi, Apollinaire reste inquiet. »

Enfin, il y a la dernière partie de la courte vie d’un homme qui sera une « victime » à retardement du conflit de 14-18 pour lequel il s’est engagé. Un poète à l’époque déchiré entre plusieurs amours lui qui fut toujours un amant passionné et un amoureux du beau sexe.

Apollinaire, toujours en éveil quand il s’agissait d’art, et qui fut l’inventeur du mot « surréalisme », lors de la représentation  de Parade – sur un livret de Cocteau et une partition de Satie- au Châtelet. Apollinaire, ce poète qui mit en vers quelques images prémonitoires. Ainsi quand il écrivit, en 1918, La Petite Auto où l’on peut découvrir ces vers : « Nous dîmes adieu à toute une époque/ Des géants furieux se dressaient sur l’Europe/ Nous comprîmes mon camarade et moi/ Que la petite auto nous avait conduits dans une époque/ Nouvelle. »

La mort n’a pas permis au poète de voir, de ses yeux, quelle serait cette nouvelle ère…

(*)Les Éditions Bleu & Jaune

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