Du sang sur le Pincio

Le paisible décor de la villa Médicis à Rome devenant un décor de crime ? C’est le pari de Samuel Delage dans son nouveau polar, Arcanes Médicis (*) où les pensionnaires de l’illustre institution sont pris au piège d’une vieille histoire…

Située sur la colline du Pincio à Rome, à deux pas de la Piazza di Spagna, la Villa Médicis est une vitrine célèbre de la culture française.

La création de l’Académie de France  a coïncidé  avec la politique des grands travaux entreprise par Louis XIV à la fin du XVIIe siècle. C’est à cette époque que,furent transformés le Louvre, les Tuileries et Versailles. Créée en 1666, l’institution accueillait à la fois les artistes ayant remporté le Premier Prix de Rome et des  protégés de quelques grands seigneurs…  C’est après les péripéties de la Révolution française que la Villa Médicis, prenant désormais ce nom, sera installée, en mai 1803, dans son site actuel avec vue imprenable sur  Rome.

Pour autant, le cadre n’a rien d’idyllique dans Arcanes Médicis où la Villa sert de terrain de « jeu » à un tueur imaginatif. L’histoire se passe dans un présent proche. Un matin, un cadavre est découvert  dans l’une des fontaines des jardins. Cette mort bouleverse d’autant plus les artistes pensionnaires et le personnel  que la victime est le fils du directeur de ce temple de la culture.  Le commissaire Castelli découvre vite que la victime entretenait des liens ambigus avec les résidents. Dans ce huis-clos où chacun est un suspect potentiel, un jeu psychologique s’instaure avec le tueur qui, traqué et menacé, se révèle retors en diable…

Ancien pensionnaire de la villa Médicis, scénariste et auteur de polars, Samuel Delage a nourri de la connaissance intime du lieu un récit qui se joue des époques et s’amuse avec les rebondissements d’un récit qui se joue de certains symboles du genre, avec notamment la technique du tueur qui laisse ses victimes avec les yeux énucléés. Et des artistes qui cultivent un penchant pour des paradis aussi artificiels que chimiques…

Avec la présence d’Yvan Sauvage, expert en histoire de l’art et de Marion Evans, une ancienne élève qui effectue des recherches historiques comme pensionnaire, Samuel Delage enrichit la trame policière de parenthèses sur l’histoire de l’art qui enrichissent son propos. Ainsi quand, à la demande du commissaire, Yvan Sauvage récupère une toile pour l’analyser. L’auteur écrit : « Yvan s’empresse d’accepter et quitte le commissaire le tableau sous le bras, dans un état d’excitation qu’il a du mal à dissimuler devant les policiers. Il ne leur a pas révélé que la toile est un repeint et non un repentir. Elle recèle en effet des couches picturales anciennes et le médium est différent. »

Véritable personnage du roman, la Villa est un cadre idéal avec ses nombreux tunnels dans lesquels ont peut se perdre aisément et des pensionnaires venus de bien des pays et qui sont tous, à un moment ou un autre, des suspects potentiels. D’autant plus que certains ont des activités artistiques pas vraiment banales. Tel Nathan Lemay, créateur d’un terrarium qui n’a rien de banal… et cultive une fascination pour les araignées venimeuses.

Sachant faire rebondir son récit de la formule qui fait mouche – quand Savary récupère un calibre, l’auteur écrit : « Ce qui en l’empêche pas de se signer religieusement. La foi pour bouclier, la flingue pour s’outiller… » – Samuel Delage créé ici un huit clos qui évoque avec habileté le vol des œuvres d’art à des périodes noires de notre passé proche.

(*) Marge Noire/ Editions de Borée

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