L’homme face à la nature

À travers les confessions d’un botaniste vieillissant, Mousse, de Klaus Modick signe une réflexion philosophique sur le langage et sur la relation intime entre l’homme et la nature. Un roman(*) étrange et non dénué de poésie.

Mousse a pour cadre une vieille maison située en pleine nature. Un botaniste vieillissant, de renommée internationale, se retire dans sa maison de famille dans la campagne allemande pour écrire un ultime ouvrage visant à critiquer les méthodes de la botanique moderne. À mesure qu’il avance dans la rédaction, et alors que sa force physique décline, son visage progressivement envahi par une mousse verte et mystérieuse, il réalise que son travail scientifique l’a en réalité tenu à l’écart de la nature, de sa vitalité et de son essence fondamentale…

En couchant sur le papier ce qui sera son œuvre ultime, ce botaniste réexamine sa vie. Et trouve une nouvelle relation avec la nature qui l’entoure. Klaus Modick écrit ainsi : « (…) j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui écris, mais que je laisse l’écriture avoir lieu ou, plus précisément, que je laisse quelque chose d’autre que moi écrire en et à travers moi. »

Dans ce premier roman, considéré en Allemagne comme une œuvre importante d’écofiction, l’auteur rend hommage à une nature qui ne subit pas l’oppression humaines, notamment dans les pages assez belles où le botaniste évoque les derniers jours d’un père dont il se souvient des obsessions de la propreté. Et qui, à ses yeux, s’était fait une armure des concepts. « Les concepts étaient ses brosses métalliques intellectuelles. Et moi aussi, le fils bien-aimé, le bon enfant, j’ai perpétué cette peur pendant toute une vie supplémentaire, et je l’ai portée si haut dans mon métier que son sommet ne commence que maintenant à s’effriter. »

Évoquant, à la manière des antiques, bien des métamorphoses végétales, Klaus Modick évoque, par ce roman souvent déroutant mais qui offre une atmosphère singulière, la relation spécifique de l’homme à la nature et au sauvage, à travers notamment cette mousse donc la capacité à se développer est stupéfiante. Une mousse qui est aussi l’occasion de développer des situations où la sensualité prend le dessus dans des pages où Kafka n’est alors pas si loin que ça… Le récit peut sembler austère : pour autant, il ne manque pas de caractère.

(*) Ed. Rue de l’échiquier

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