René-Victor Pilhes, de retour en Algérie

9782226319425m

Il n’avait pas publié de romans depuis près de vingt ans. Avec La Nuit de Zelema (*), René-Victor Pilhes retrouve l’Algérie où il « séjourna » deux ans en 1955 comme troufion pour décrire la rencontre entre un jeune pied-noir et un des fondateurs du FLN. Une écriture efficace, simple et forte pour un récit qui retrace tout un pan de notre histoire.

C’est le récit d’une rencontre improbable entre Jean-Michel Leutier, un jeune pied-noir né en Oranie,  envoyé au lycée à Toulouse pour faire ses études, et qui croise le chemin d’un détenu politique, Abane Ramdane, un des fondateurs du FLN, lors d’une visite en prison. Une improbable rencontre due à une simple histoire d’amour (la famille de la fiancée de Jean-Michel milite dans l’action sociale)… et qui va faire réfléchir le jeune étudiant au sort que les Algériens réserveraient aux Français en cas de victoire.

La force de ce roman, écrit avec une vraie économie de mots, et une grande fluidité, c’est de faire comprendre, à travers le regard d’abord naïf de ce jeune homme, les complexités de l’Histoire coloniale, les enjeux de cette guerre de Libération et les règlements politiques au sein du FLN. Le tout habilement retranscrit par un le truchement d’un vieux curé qui fut le confident du jeune Leutier, devenu officier de l’armée et relevant de graves blessures. Un prêtre qui reconstruit l’histoire tragique de ce jeune homme, fils du policier qui arrêta le dirigeant du FLN. Lire la suite

Publicités

Camus toujours en pleine actualité

camus-brulant-1411343-616x0Avec le scandale de l’exposition sur Camus -prévue à Aix-en-Provence pour le centième anniversaire de sa naissance en novembre 2013, elle fut finalement annulé- Benjamin Stora et  Jean-Baptiste Péretié, impliqués à l’origine dans la manifestation, reviennent sur l’affaire pour la dépasser dans Camus brûlant (*). Ce petit livre vif  montre comment le nom de l’auteur de La Peste continue de susciter de vives réactions.

L’affaire avait fait grand bruit l’année dernière quand sollicités pour concevoir une exposition Camus à Aix-en-Provence, Benjamin Stora avait été évincé, remplacé subitement par Michel Onfray, qui accepta avant de renoncer. Loin des polémiques de politique locale -avec le poids notamment de l’électorat pied-noir dans une ville gérée de manière très libérale- ce clash montre combien la personnalité de Camus, ses engagements, son sens de la justice et son refus de céder à toutes les chapelles provoquent toujours des ondes de choc plus de cinq décennies après sa disparition dans un accident de la route.

Au cœur du débat demeure la question coloniale et le fait qu’Albert Camus n’ait jamais voulu être récupéré par l’un ou l’autre bord, préservant une liberté de pensée d’autant plus courageuse qu’elle lui valut un ostracisme certain à la fin de sa vie. Dans ce texte court et dense, les auteurs montrent comment la tentative de récupérer Camus à son insu perdure et pour quelle raison le romancier et prix Nobel reste toujours un sujet brûlant. C’est d’autant plus intéressant que, mort en 1960, Camus ne peut être jugé en regard des actions 20130907_1_6_1_1_0_obj4649285_1qui font creuser un fossé entre les deux camps portant les uns au pouvoir et les autres vers l’exil, trois ans plus tard. Les auteurs argumentent ce propos en revenant précisément aux sources et aux textes de la main de Camus. Ayant s’il s’insurge contre les persécutions faites aux nationalistes, il ne soutient pas pour autant ceux-ci dans un article d’Alger républicain,  qui remonte au … 18 août 1939. Il écrit : « La montée du nationalisme algérien s’accomplit sur les persécutions dont on le poursuite. Et je puis dire sans paradoxe que l’immense et profond crédit que ce parti rencontre aujourd’hui auprès des masses est tout entier l’œuvre des hauts fonctionnaires de ce pays (…) Qu’on libère donc ces malheureux qui veulent mieux vivre. Et qu’on songe moins à punir qu’à aimer. ON n’effacera pas les revendications des indigènes en les passant sous silence, mais en les examinant dans un esprit de générosité et de justice. Et la seule façon d’enrayer le nationalisme algérien, c’est de supprimer l’injustice dont il est né. » Lire la suite

« L’Exode des Pieds-Noirs » : le témoignage de Sophie Garel

Pour en savoir plus sur « L’Exode des pieds-noirs », un livre d’entretien que j’ai signé aux Editions Michel de Maule, voilà un extrait du témoignage de Sophie Garel sur sa jeunesse à Oran et son départ pour la métropole en 1962.

 

Fille unique de commerçant – son père tenait une droguerie-parfumerie-  Sophie Garel a commencé sa carrière comme animatrice à Télé Oran avant de quitter l’Algérie pour le Midi de la France. Elle se souvient du jour du départ.

« J’ai très peu parlé de cette période. Cinquante ans après, j’y repense avec une vraie émotion… J’ai vécu un petit exode sur le tard. Cela se passait en juin 1962, dix jours peut-être avant l’Indépendance (…)Il avait fallu arriver très tôt pour avoir la chance de prendre un avion, sinon nous risquions de camper sur place une nuit — et nous avons attendu près de vingt heures dans le bruit, les cris, les pleurs. Nous étions serrés comme des sardines et la compagnie aérienne emplissait les avions les uns après les autres tandis que les CRS et l’armée surveil- laient les alentours, l’arme en main. Il y avait des camions de soldats partout. Les environs de l’aéroport ressemblaient à un camp re- tranché.
Vers 18 heures, nous avons embarqué. Pour nos parents, c’était dramatique de laisser partir leurs petits, mais nous, vous ne me croirez pas, nous ricanions nerveusement avec une fébrilité née aussi bien de la joie de quitter le giron familial que de la peur de la terre inconnue. »

Une vue d’Oran en 1960. Une époque encore insouciante…

« L’Exode des pieds-noirs » : le sens de tels témoignages

Dans ce livre, j’ai recueilli les témoignages de huit personnalités qui évoquent, cinquante ans après l’Indépendance de l’Algérie, ce que fut leur exil de l’ancienne colonie française. Voilà un extrait de la préface où je donne la ligne directrice de mon travail.

« Souvent anéantis par l’obligation de fuir un pays qu’ils considéraient comme le « leur », les pieds-noirs ne furent pas les mieux accueillis en débarquant en métropole. Pour la plupart, ce fut une plongée vers l’inconnu, vécue d’au- tant plus difficilement que ces rapatriés n’é- taient pas toujours bien traités à leur arrivée et qu’ils n’avaient pas tous la chance d’avoir de la famille en métropole pour les accueillir et leur permettre de recommencer une deuxième vie en s’adaptant. La majorité n’avait pas eu le
temps de préparer son retour en dénichant une nouvelle affaire en métropole (…) Lire la suite

« L’Exode des pieds-noirs » : Marthe Villalonga raconte

Dans mon livre L’Exode des pieds-noirs, qui paraît aux Editions Michel de Maule, j’ai notamment recueilli les souvenirs de Marthe Villalonga. Extrait.

« À cette date, même si les événements avaient déjà commencé, que certaines échauffourées étaient connues, nous pensions nous en sortir, que ce ne serait qu’un cap difficile. Quand en 1954, les premiers Français furent tués, personne n’avait conscience de la gravité du conflit qui allait suivre. Même quand le couvre-feu a été imposé, la vie
continuait comme si de rien n’était ou presque. Ainsi, j’allais suivre mes cours de théâtre à Alger en prenant le « direct » qui ne s’arrêtait pas entre Maison-Carrée et le terminus. Nous avions demandé au directeur du conservatoire d’arrêter les cours avec dix minutes d’avance pour ne pas manquer ce bus. Ça s’arrêtait là, même si, avec le recul, ce côté déconnecté peut paraître incroyable. Rares étaient ceux qui prédisaient que l’on serait bientôt contraints de partir et la majorité des pieds-noirs n’y croyait pas. Il faut le dire : une certaine presse a caricaturé la situation, assimilant les pieds-noirs à quelques riches colons. Tout cela était faux. Les gros propriétaires étaient une minorité. Lire la suite